May Picqueray est née en 1898 à Savenay, en Loire Atlantique ; issue d'un milieu modeste
( mère couturière, père convoyeur postal, elle connut très tôt l'injustice, le vol et l'exploitation qui caractérise la société bourgeoise capitaliste dans laquelle encore, on survit aujourd'hui au milieu de cette merde).
May commença à travailler à 11 ans comme livreuse à domicile ; une famille d'instituteurs ; chez qui elle effectuait des livraisons , l'embauche pour qu'elle s'occupe de leur fils épileptique. Ils s'installèrent ensuite au Canada et l'emmenèrent avec eux ; là-bas, elle reprit l'école, et obtint son baccalauréat au lycée de Montréal ; arriva la boucherie de 14-18, elle dut rentrer en France en 1915 et trouva un emploi de dactylo bilingue au camp de Montoir ; c'est là qu'elle connut un mécanicien de la marine marchande ; ils se marièrent en 1916 mais cela tourna court ; en effet, le type était un toxicomane et lors de ses crises, sous l'emprise de la drogue, devenait complètement fou.
Quelques semaines de cette vie lui suffirent ; May le quitta et partit pour Paris.
Rendez-vous avec l'Anarchie :
Dans la capitale, elle rencontre l'Anarchie par l'intermédiaire de l'anarchiste serbe Dragui ; ce fut lui qui l'initia à l'anarchisme (en rencontrant des gens, par diverses lectures, etc ) mais quelques temps après, il fut contraint de fuir la France ; May se consacra alors alors à partir de ce moment, corps et âme à la lutte de son idéal. Aprés la guerre, May adhéra à la C.G.T.U. (anarcho/syndicaliste) nouvellement constituée ; le 19 octobre 1921, alors âgée de 23 ans , elle envoya une grenade, envelopée dans un journal de l'Action française (torche-cul royaliste) à l'ambassadeur des Etats-Unis, pour protester contre la condamnation de Sacco et Vanzetti ; elle avait agit seule.
a l'ambassade, on se doute de quelques chose, malgré tout, le paquet explosa et endommagea gravement le salon, sans faire de victime ; May expliqua plus tard son geste : elle voulait que la " grande presse " parle de l'affaire sacco et Vanzetti, en ce sens , elle atteignit son objectif !
Au début des années 20, l'anarchisme en France reprend du poil de la bête (aprés des années de déliquescence) et compte de nombreux adeptes (à paris du moins) ; de violentes bagarres (parfois mortelles) opposent trés souvent les anars et les royalistes de l'Action française (" les camelots du roi")le climat est à l'affrontement permanent et May n'est pas en reste.
Voyage en Russie bolchévique:
May eut ses premiers contacts avec les anars russes en novembre 1922 lors d'un voyage effectué en Russie ; vu qu'elle maïtrisait parfaitement la langue anglaise ; elle avait été désignée pour accompagner Lucien Chevalier , un des trois secrétaires mandatés pour assister au 2ème congrés de l'Internationale Syndicale Rouge, qui se tenait à Moscou.
Avant d'arriver dans la capitale russe, ils firent halte à Berlin, refuge de nombreux anarchistes de toutes sortes (en particulier E.Goldman et A.Berkman, tout juste arrivé de Russie) ; ces derniers leur décrivirent la situation épouvantable réservé au peuple russe, aux opposants (surtout les anars, des socialistes révolutionnaires et d'autres catégories de révolutionnaires) des bolchéviques.
Ils les informèrent également sur les cas d'anarchistes emprisonnés par la Tchéka (police politique des bolchos) ; à Moscou, Lucien Chevalier interviendra auprés de Trotsky pour que les anars soient relâchés certains le furent et s'exilèrent plus tard à Berlin.
Cette visite à Moscou fut aussi le théatre d'un petit scandale auquel May fut le point central lors de leur visite dans la capitale russe, tous les délégués étrangers (français, italiens,etc...) furent introduits au Kremlin où Trotsky les reçurent en grande pompe ; commença alors le serrage de mains ; arrivé devant May, Trotsky essuya un refus.
Celui-ci demanda interloqué, pourquoi ne voulait-elle pas lui serrer la main ? Elle lui répondit, séchement, du haut de sa jeunesse, " qu'il y avait Makhno et Cronstadt entre nous ! " (May fait référence au guérillero ukrainien anarchiste paysan et le mouvement de la Makhnovchtchina,et à la révolte de Cronstadt : ces deux mouvements, furent écrasés par l'Armée Rouge des Bolchéviques en 1921, Armée Rouge créée et dirigée par Trotsky.
Sacrée May, on imagine bien la tête que Trotsky a dû faire !!
En 1924, ce fut May Picqueray qui se chargea d'héberger Nestor Makhno et sa famille pendant plusieurs mois à Paris. L'année suivante, ce fut au tour de violine et de ses proches ; quand il s'agissait de venir en aide à des compagnons, May était toujours partante !
Quelques temps aprés, May accueillit encore des anarchistes russes réfugiés en France (comme S.Flechine et Mollie Steimer) ; May conserva toujours des relations avec les anarchistes exilés (les russes en particulier) même une fois qu'ils n'habitaient plus chez elle.
En 1926, elle donna un coup de main à E.Goldman (de vingt ans son aînée) à la rédaction de son livre autobiographique ; dans les années 30, May s'activa dans les groupes anarchistes de Paris (ceux du 5ème et 13ème arrondissement) qui regroupaient alors encore du monde (mais moins que dans les années 20).
La guerre d'Espagne (1936-1939) arriva, mais May n'y alla pas ; par contre elle accueillit de nombreux enfants et réfugiés espagnols ; elle s'occupa du regroupement des familles d'exilés en France ; elle continua ce type de travail pendant la seconde guerre mondiale ; à cette même période, May se transforma en faussaire, fabriquant de faux-papiers pour les gens pourchassés par la gestapo.
Aprés la guerre, elle entra au syndicat des correcteurs et travailla quelques temps au "Canard enchainé" ; May était trés proche de Louis Lecoin, militant anarchiste.
En 1974, à 76 ans, May fonda son propre journal, " Le Réfractaire "(qui parut pendant neuf ans)ce journal, anarchiste, était particulièrement destiné aux jeunes, aux objecteurs, insoumis, déserteurs,en un mot, à tous ceux qui refusaient de faire d'une manière ou d'une autre, leur service militaire (la servitude nationale, oui !)
En 1979, elle sortit son livre autobiographique intitulé " May La Réfractaire " ; elle s'eteignit le 3 novembre 1983 à 85 ans, toujours aussi vive (peu de temps encore, elle vendait son journal à la criée dans la rue)
Pour résumer la vie de May Picqueray, en trois mots : " passion, énergie, révolte ".
SIDOX
(A LIRE : "May la réfractaire" Editions-Atelier Marcel Jullian.)